Marrakech : Le cri d’alarme d’Eliza Brun, arnaquée et ruinée dans la «capitale africaine de la culture 2020»

Entrepreneure franco-gabonaise installée avec son époux à Marrakech, la «capitale africaine de la culture 2020», Eliza Brun Moe Makoufa s’est fait arnaquer de tout son investissement dans le cadre du projet «Africain House» qu’ils tentaient de développer dans ce pays. Le projet est en proie à l’échec du fait de l’escroquerie et de l’impassibilité de la justice auxquels le couple est confronté. La jeune dame en a littéralement les larmes dans l’interview ci-après accordée, le 10 janvier à Gabonreview

Eliza Brun Moe Makoufa, entrepreneure franco-gabonaise, installée à Marrakech, la «capitale africaine de la culture 2020», expliquant ses déboires sur projet African House. © Capture d’écran/Gabonreview

 

Gabonreview : Vous vous êtes installées à Marrakech, capitale africaine de la culture 2020, pour monter le Projet Africain House. De quoi s’agit-il ?

Eliza Brun Moe Makoufa : Africain House est une plateforme qui permettrait l’expression de tous les artisans africains, dans les domaines tels que la cuisine, la couture, le stylisme, la musique, les danses… à Marrakech. Le projet visait à offrir aux Africains une plateforme sur laquelle ils pouvaient s’exprimer, se fédérer au Maroc qui est l’une place les plus touristiques d’Afrique. Notre concept visait à expliquer l’Afrique aux étrangers, pays par pays. On devait consacrer une semaine par exemple au Bénin. Dans ce cas, la plateforme ne présenterait que la cuisine béninoise, inviterait les artisans béninois qui sont au Maroc ou ailleurs avec plusieurs chaines de télévision auxquelles on expliquerait le Bénin avec les saveurs, les rites, les coutumes, les cultures, de manière à ce qu’ils comprennent mieux ce pays. Et la semaine suivante, on changerait.

Sur une vidéo diffusée sur Facebook Watch, on vous voit dénoncer les arnaques dont sont victimes les investisseurs, ainsi que vous même, dans cette ville. Qu’en est-il ?

Marrakech lance des appels d’offres et mène une campagne pour que les gens viennent y investir. Elle est d’ailleurs la vitrine de la culture africaine en 2020. Elle se met en avant pour parler de l’Afrique tandis que sa Majesté, dans tout son plan d’action de 2019, essayait davantage de se rapprocher de l’Afrique et de revendiquer cette culture, aussi pluridisciplinaire soit-elle. Nous sommes arrivés à Marrakech. Notre projet a été très bien accueilli. Plusieurs personnes s’y sont investies avec nous. Nous sommes même passés à la première chaine de télévision, on a couvert Miss Arabica 2020, on fait plusieurs choses qui se sont super bien passées. Le problème c’est qu’il y a un fléau à Marrakech et subsiste grâce à l’omerta : l’arnaque. C’est complètement interdit d’en parler, de le mentionner, de le dire. Personne n’est sensibilisée face à ce problème. Vous venez, vous investissez et vous vous retrouvez détroussés, cependant les autorités font la sourde oreille.

Pour votre cas, comment cela s’est-il manifesté ?

© Capture d’écran/Gabonreview

Nous avons pris attache avec une agence immobilière qui nous avait déjà trouvé un appartement au préalable pour lui faire part de notre projet de restaurant. Ils nous ont trouvé trois biens. Deux n’étaient pas aux normes, au niveau des documents et l’un d’eux était, d’après eux, aux normes. Ils nous ont montré les papiers, nous apprendrons longtemps après qu’ils n’étaient pas vrais. Les papiers certifiaient que le lieu était aux normes. Le propriétaire était policier et nous pouvions nous établir là et faire des travaux d’aménagement.

Il faut noter que là-bas, les biens sont typiquement marocains. On cherchait quelque chose de neutre qui soit modulable pour abriter toutes les cultures qu’on voulait représenter. Les lieux étaient un chantier et nous avons dit au propriétaire que nous allions le faire nous-même. Il a donc signé un bail avec le restaurant African house. On a pris les travaux en cours.

L’entrepreneur qu’ils nous avaient légué pour faire les travaux commençait à trainer. Il faisait exprès de faire trainer les travaux jusqu’à épuisement financier. Quand on s’en est rendu compte ont était déjà à 60.000 euros, au lieu de 10.000 euros. On a donc changé d’entrepreneur, on a trouvé un autre qui nous a fait confiance, qui a fait tout le reste à crédit, mais qui est allé jusqu’au bout des travaux. Il faut savoir qu’à Marrakech, le tourisme est une part importante de l’économie. Les choses sont donc très protégées. Il fallait qu’une commission passe pour nous donner l’autorisation d’exploitation de ce local. Quand la commission est passée, elle a approuvé tous les travaux. Sauf qu’ils nous ont dit qu’ils ne pourront jamais nous donner l’autorisation d’exploitation parce que ce local n’existait nulle part, ni sur les plans de l’urbanisme, ni sur les plans de la ville. Ils ne savaient même pas comment notre bailleur avait procédé pour être raccordé à l’eau et à l’électricité, si ce n’est par relations. Ils ne savaient pas non plus comment l’agence immobilière avait pu nous louer ce local en sachant qu’il n’existait nulle part.

Que disent ou que font les autorités face à ce qui apparait comme une entourloupette organisée ?

Nous sommes allés voir un avocat, vu qu’au Maroc on ne porte pas plainte directement. C’est l’avocat qui dépose la plainte. Le premier nous a demandé de lui donner, d’entrée de jeu, 1000 euros avant qu’il ne parle de notre problème. On lui a remis les 1000 euros pour qu’il porte plainte. Et quand on est revenu vers lui, il nous a dit qu’il faut 4600 euros supplémentaires. On lui a fait comprendre qu’on ne les avait pas. Il nous a dit que si nous ne les avions pas, nous n’obtiendrons jamais de justice dans ce pays parce qu’au Maroc, pour avoir justice, il faut de l’argent et de la patience. Il faut au minimum quatre à cinq ans de procédure pour avoir gain de cause dans une histoire d’argent, surtout que le monsieur est policier et qu’il a des relations.

Nous avons fait comprendre à l’avocat que ledit monsieur nous menaçait physiquement. Il nous a dit de rentrer chez nous. Il a utilisé pleines d’insultes racistes à mon endroit. Il passait son temps à venir filmer, épier tout ce qu’on faisait. On ne se sentait plus vraiment en sécurité. On a donc fait une lettre à notre avocat indiquant que si jamais il nous arrivait quelque chose, c’était de ce côté qu’il fallait fouiller parce que nous nous entendions avec tout le monde.

Les autorités nous ont dit que c’est un cas fréquent. Une arnaque bien connue. Un propriétaire qui ne peut plus faire les travaux s’entend avec une agence immobilière et trouve quelqu’un qui va faire tous les travaux. Ils lui font faire tous ces travaux et ils le regardent s’épuiser financièrement. Nous sommes arrivés à ce niveau. Nous sommes épuisés financièrement, ruinés et nous avons essayé de le faire comprendre. L’avocat nous a dit que si on ne le paie pas il ne peut pas travailler. Et vu qu’il a déjà fait le travail, il dit qu’il va devoir nous mettre en prison. Nous nous sommes dit que si nous n’avions pas les moyens de s’offrir la justice dans ce pays, il fallait au moins qu’on sensibilise les gens et qu’ils sachent dans quoi ils mettent les pieds ici. Avec l’avènement de Marrakech, capitale culturelle africaine 2020, et tous ces beaux appels d’offres que lance la ville, il y a des gens qui vont venir et qui vont se faire rouler. C’est une coutume à Marrakech de se faire arnaquer et après on choisit de vivre avec ou de laisser tomber.

Que comptez-vous faire au regard du préjudice que vous cause cette situation ?

Cette situation m’a causé un préjudice financier. Ce n’est pas négligeable. Vu pour récupérer cet argent, ce sera des hauts et des bas pendant très longtemps, entre la corruption, l’impunité, le fait qu’il soit policier et qu’il soit chez lui et que, j’ai bien compris, je ne suis pas chez moi, mon but premier, c’est d’essayer de sensibiliser tous les Africains pour qu’ils ne tombent pas dans le même panneau. Parce que la justice et les autorités marocaine ne feront rien pour eux. C’est quelque chose de connu. Il faut savoir qu’à Marrakech, il n’y a pas de vente à sauvette. Pourquoi ? Parce que c’est formellement interdit. Il n’y a pas de braquage parce que c’est formellement interdit. Ils ont la manière et la façon d’appliquer les lois quand ils le veulent. Mais si tout le monde se tait sur les arnaques, sur l’escroquerie c’est parce que ça arrange tout le monde.

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SOURCE : https://wordpress2.csse-tools.com/2020/01/11/marrakech-le-cri-dalarme-deliza-brun-arnaquee-et-ruinee-dans-la-capitale-africaine-de-la-culture-2020-4/?remotepost=2199

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